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Brouiller les pistes

«·Jours blancs·» est un travail sur la couleur. Le postulat formel de la série paraît d’abord simple·: Prendre le blanc de la montagne enneigée et le brouillard des jours sans lumière comme toile de fond pour y peindre la couleur. Des touches de bleu, de jaune, de rouge – issues du monde ordinaire du ski – qui animent la surface lisse et immense des sommets suisses. Le blanc neutre et uniforme a cet avantage de permettre, par sa simplicité, la confrontation entre les quelques formes colorées qui s’en détachent. En résulte un travail formel qui rappelle les recherches menées par les premiers coloristes américains sur la sublimation du réel, voire du trivial, par la couleur.

Lorsque François Schaer entame son projet en 2009, le brouillard ne s’impose pas tout de suite comme ligne directrice et principale. Passionné de ski, le photographe aborde la montagne avec un œil éduqué au travail documentaire, qu’il a par exemple pratiqué sur des sujets comme la corrida populaire mexicaine, le football dans les bidonvilles de Nairobi ou la représentation de la femme à Londres. Il souhaite capter les sommets domestiqués par l’industrie du ski de manière globale, pour envelopper les infrastructures, les personnes qui y travaillent et les skieurs. Son enquête inclut ainsi à la fois des portraits des techniciens, des professeurs de ski et des sportifs de haut niveau, ainsi que des photographies des remontées mécaniques et des constructions utilitaires. Loin d’une approche nébuleuse de la réalité, le photographe la capte au contraire de manière très concrète et réalise un travail de terrain, enraciné dans le réel, à l’image de ces visages marqués par les rides, ou les marques de bronzage, qui se frottent quotidiennement à la montagne. Le rapprochement de la série «·Jours blancs·» avec les travaux de Thomas Flechtner (publiés dans son livre Snow en 2002) ou plus récemment de Pascal Greco et Gabriel Mauron – qui explorent les danses lumineuses des ratraks dans la nuit («·Ratrak·», 2010-2012) – ne peut se faire qu’à la condition de souligner aussi sa particularité. François Schaer ne réalise pas un travail purement formaliste et mêle à sa recherche esthétique des préoccupations liées à la représentation du réel et au questionnement social inhérent à l’histoire de la photographie. Pour le dire autrement, dans «·Jours blancs·», des résonnances se croisent, qui pourraient aussi bien évoquer les «·petits métiers·» d’Eugène Atget ou Irving Penn, les travaux coloristes d’un William Eggleston ou le paysage romantique qui prend racine chez Caspar David Friedrich.

Ce romantisme, revendiqué par le photographe, met paradoxalement en valeur une nature domestiquée, envahie par l’industrie et le commerce du ski, et a priori condamnée par les nostalgiques d’une nature sauvage et intacte. S’il sublime en effet le paysage de montagne, il se démarque surtout par son aspect concret, proche du monde contemporain qui l’entoure, accroché aux signes de l’économie capitaliste. Il met en valeur les affiches et les logos publicitaires, les combinaisons de ski à la mode et l’outillage nécessaire à la consommation massive de la montagne. Cette confrontation, par la photographie, avec les sommets enneigés, d’un blanc immaculé et aux allures d’éternité induit une sensation étrange, l’impression d’un paysage ultra-contemporain, et pourtant hors du temps. Le rose des installations des remontées mécaniques leur donne un goût retro. Le casque et la combinaison rouge de l’un des skieurs les plus rapides de la planète – qui pratique la compétition du «·XSpeed Ski·» à Verbier – paraissent tout droit sortis d’un jeu vidéo. Les faisceaux lumineux des ratraks, captés dans un temps de pause suffisamment long pour qu’ils dessinent des lignes colorées dans la nuit, évoquent des lumières extra-terrestres. Chaque image glisse ainsi d’un monde à l’autre, créant un ensemble esthétiquement très cohérent, mais sans aucune possibilité de le fixer dans une temporalité trop arrêtée.

Le travail de François Schaer a cette particularité de brouiller les pistes tout en gardant une ligne claire et extrêmement lisible. Jouant de nombreuses pratiques photographiques, qu’il convoque pour s’en nourrir, il affiche la volonté de s’échapper de catégories trop réductrices pour proposer un travail très personnel, fruit de la rencontre entre le photographique, l’esthétique propre à la montagne, l’industrie du ski et la passion personnelle de l’auteur pour ces différents mondes.

 

Pauline Martin, commissaire de la Nuit des images, Musée de l'Elysée

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